Légendaire Lebron James

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Générique réalisé par Marine Pascal

Il l’a fait. Lebron James a remporté son 4ème titre NBA, le premier avec les Los Angeles Lakers. S’il constitue une nouvelle ligne sur son palmarès immense, ce titre est surtout un point d’exclamation sur une carrière déjà fantastique et le formidable happy end d’une saison marquée par de nombreux événements inattendus. Un happy end comme seule la ville d’Hollywood peut en produire.

Cela fait maintenant 17 ans que Lebron James a foulé pour la première fois les parquets NBA. Il a tout de suite été attendu comme la star du basketball, tant ses performances au lycée étaient exceptionnelles. Sa belle histoire débute le soir de la draft 2003, cérémonie lors de laquelle toutes les franchises NBA choisissent un jeune joueur pour renforcer leur équipe. Sans surprise, il fut choisi par la franchise qui hérita du premier choix : les Cleveland Cavaliers, franchise de l’Ohio, sa région natale, qui n’eurent aucun doute au moment de sélectionner celui qu’on appelait déjà, The Chosen One, l’élu.

 

Alors qu’on lui prédit déjà une carrière à la Michael Jordan, rien que ça, Lebron confirme tous les espoirs placés en lui dès ses premières saisons. Entourés de joueurs moyens, voire très moyens, qui s’étaient classés derniers de la Ligue avant son arrivée, il porte sa franchise à bout de bras et l’amène au bout de 4 ans seulement en Finales NBA après une saison régulière et des playoffs stratosphériques. S’il ne remporte pas le titre de Champion, il prend rendez-vous avec l’histoire et tout le monde s’accorde à dire que son heure viendra, et bientôt.

 

Seulement, toujours entouré par une équipe médiocre, il n’y parvient pas tout de suite, tombant en playoffs face à des équipes plus homogènes qui focalisent leur défense sur lui. Les années à Cleveland passent et Lebron n’y arrive pas. Après huit ans passés dans sa franchise de cœur, il arrive en fin de contrat et est donc libre de s’engager avec n’importe quelle franchise. Toutes sont intéressées pour s’attacher les services de King James. Après quelques semaines de tractations en coulisses, de rumeurs, il annonce « The Decision » lors d’une interview télévisée sur ESPN.

 

The Decision, ou le départ de Cleveland pour gagner un titre

C’est Miami qui décroche la timbale. Ce qui s’apparente à un choix de raison pour Lebron qui sent qu’il ne pourra pas gagner à Cleveland est vu comme une véritable trahison par ses supporters de l’Ohio dont certains vont même jusqu’à brûler leur maillot floqué du numéro 23. Plus largement, cette décision est considérée comme lâche par la plupart des suiveurs NBA. Son image en prend un sacré coup, d’autant plus à l’issue de sa première saison où il échoue en Finale face aux Dallas Mavericks malgré un statut de grandissime favori.

Si son équipe à Cleveland était clairement limitée, son armada de Miami devait lui permettre de décrocher la bague de champion qu’il convoite tant. Il a beau battre tous les records de précocité depuis le début de sa carrière, est-il vraiment un leader, un mâle alpha de la trempe de Michael Jordan capable de remporter un titre NBA ? Ou doit-on simplement le ranger dans la catégorie des solistes géniaux incapables d’emmener son équipe au sommet ? Les interrogations sont nombreuses et beaucoup remettent en cause la carrière qu’on lui promettait.

Sa réponse sur les parquets sera cinglante. L’année suivante, à l’issue d’une campagne de playoffs monstrueuse, il remporte enfin son premier titre NBA et est élu MVP des Finales face à Oklahoma City.

King James est enfin sur son trône. Et va y rester l’année suivante en réalisant un back-to-back avec le Heat en battant les San Antonio Spurs en finale. Les doutes se dissipent et Lebron s’impose à ce moment-là, sans l’ombre d’un doute, comme le meilleur joueur du monde. Malgré cela, il perdra la revanche un an plus tard face à ces mêmes Spurs qui l’emporteront 4-1 en Finales en récitant l’une des plus belles partitions de l’histoire de la balle orange. Si les titres remportés avec Miami lui ont permis de remettre les points sur les i concernant son niveau de jeu et sa capacité à porter une équipe vers le titre suprême, son image reste écornée.

 

De retour à Cleveland pour offrir un titre à sa ville

Alors, 4 ans après son arrivée à South Beach, il prend une nouvelle décision, celle de revenir à Cleveland pour enfin apporter un titre à sa ville, en disette dans tous les sports majeurs américains depuis 1964.

La nouvelle fait le tour du monde en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Les fans de Cleveland retrouvent leur star adorée et cette fois-ci, les chances de titre sont réelles. Associé à Kevin Love et Kyrie Irving, des lieutenants exceptionnels, son rêve ultime semble alors plus accessible que jamais. Malheureusement pour lui, de l’autre côté du pays, les Golden State Warriors sont nés et écrasent tout sur leur passage.

Rien ne semble résister à la franchise emmenée par Stephen Curry qui entame son règne en s’imposant lors des Finales 2015 face à une équipe de Cleveland décimée par les blessures de Kevin Love et Kyrie Irving. Comme un air de déjà-vu, Lebron aligne les performances historiques mais ne peut rien face à la puissance des joueurs de la baie d’Auckland. L’année suivante, ces mêmes Warriors de Golden State réalisent une performance inégalée en remportant 73 matchs de saison régulière, ne subissant que 9 défaites. Mieux que les Chicago Bulls de Jordan, jusque-là détenteurs du record. Ils arrivent en playoffs grandissimes favoris à leur propre succession tant leur domination a été écrasante toute l’année et retrouvent Cleveland en finale pour une revanche qui semble déséquilibrée. Elle tourne à la correction lors des deux premiers matchs où les Warriors s’imposent de 15 puis de 33 points face à des Cavaliers dépassés.

S’ils décrochent leur première victoire lors du match 3, leur défaite lors du match 4 les place dos à un mur qu’aucune équipe finaliste n’a encore réussir à gravir. En effet, jamais une franchise n’a réussi à remonter un score de 3-1 en sa défaveur dans toute l’histoire des Finales NBA. La tâche s’annonce d’autant plus ardue que Cleveland devra se déplacer 2 fois à Golden State sur ses 3 derniers matchs.

Le défi est à la hauteur de Lebron James. Lors des deux matchs suivants il guide son équipe vers la victoire en inscrivant 41 points pour forcer un match 7 décisif. Au cours de la saison Golden State a remporté 39 matchs à domicile pour seulement 2 défaites mais tous les espoirs sont permis. Ce match est tendu. Après un départ tonitruant de Golden State qui mène de 7 points à la mi-temps, Cleveland revient peu à peu. A 2 minutes de la fin, les deux équipes sont à égalité, les Warriors récupèrent un ballon et s’en vont en contre-attaque pour prendre l’avantage. La suite est devenue Légende.

 

Grâce à un retour défensif supersonique, Lebron parvient à contrer la tentative d’Andre Iguodala pour maintenir l’égalité et marquer les esprits. Un panier à 3-pts de son lieutenant Kyrie Irving plus tard et les Cleveland Cavaliers réussissent l’impensable. Battre l’ogre Warriors, auteur de la meilleure saison régulière de tous les temps, après avoir été menés 3-1 dans la série, le tout dans la bouillante Oracle Arena, soudainement climatisée par la défaite de leurs poulains.

Dès la fin du match, quelques secondes après le buzzer final il dédie sa victoire à sa ville dans un cri du cœur des plus émouvants.

Après 12 années passées en NBA, il a enfin réussi son pari insensé de refaire de Cleveland une ville qui gagne. Elu sans aucune discussion MVP des Finales pour la troisième fois de sa carrière, il finira même cette série meilleur marqueur, meilleur rebondeur, meilleur passeur décisif, meilleur intercepteur et meilleur contreur des deux équipes, soit toutes les catégories statistiques possibles. Un symbole de sa domination immense sur son sport. Revenu dans sa ville, ce titre a mis fin aux nombreux débats nés de ses débuts compliqués ou de sa décision de rejoindre Miami 6 ans plus tôt. Il est alors une Légende reconnue que seul Michael Jordan semble dépasser dans l’Histoire.

Un ultime challenge 

Après deux nouvelles finales perdues face à Golden State et tandis que sa relation avec le management de la franchise de l’Ohio se détériore, il décide, à l’aube de ses 34 ans de se lancer un ultime challenge.

Le 1er juillet 2018 il signe un contrat avec les Los Angeles Lakers, franchise la plus mythique de l’Histoire mais bien loin de ses standards passés, qui n’a plus joué les playoffs depuis 5 ans, n’a plus remporté de titre depuis 8 ans et qui semble incapable de se remettre du déclin puis du départ à la retraite de sa star des années 2000 Kobe Bryant, qui l’a mené à remporter 5 titres entre 2000 et 2010.

Remettre cette franchise mythique sur le devant de la scène et y remporter un titre seraient l’un des plus beaux accomplissements de la carrière de Lebron James qui ajouterait une ligne dorée à son palmarès. Après une première saison prometteuse mais écourtée à cause d’une vilaine blessure, la première de sa carrière, les Lakers ne rallient pas les playoffs. Pour la première fois en 9 ans, une finale NBA se déroulera sans Lebron James.

Mais les Lakers ne s’arrêtent pas là et parviennent à recruter la star Anthony Davis pour épauler leur King et viser le titre. Après un début de saison passé en tête de leur conférence, les Lakers et tout le monde du sport vont être chamboulés le 26 janvier 2020 par une nouvelle aussi inattendue que dramatique.

Kobe Bryant, symbole des Lakers, idole de millions de gens à travers le Monde décède tragiquement dans un accident d’hélicoptère à seulement 42 ans, en compagnie sa fille. Véritable guide spirituel pour Lebron, comme pour de nombreux joueurs NBA, Kobe Bryant est reconnu par tous pour sa force mentale incomparable, sa volonté insubmersible et sa capacité de travail inégalée.

Ce décès, par son caractère brutal et inattendu est un véritable traumatisme pour des millions de fans. Source d’inspiration pour les uns, idole pour les autres, Kobe laisse derrière lui une trace indélébile. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter les mots de celui que Kobe admirait, avait copié et avait toujours voulu dépasser, le meilleur basketteur de tous les temps, Michael Jordan.

 

La réaction de Lebron se voudra pudique. Des images de lui en pleurs après qu’il ait appris la nouvelle montre à quel point cette disparition l’a touché. Ironie cynique de l’Histoire, il l’avait dépassé au troisième rang des meilleurs marqueurs de l’Histoire la veille de son décès. A partir de ce jour, Lebron, ses coéquipiers et toute la franchise des Lakers, n’ont qu’une idée en tête. Honorer la mémoire du célèbre n°24 en remportant le titre NBA.

La saison tronquée par la pandémie de Covid, les prises de position des joueurs sur le mouvement Black Lives Matter dont Lebron est l’un des leaders sportifs ont rajouté un caractère unique à cette saison déjà singulière. Dans la bulle d’Orlando, où tous les joueurs NBA sont restés cloitrés à partir de juillet afin de ne pas contracter le virus, les Lakers sont arrivés sûrs de leur force et plus que jamais décidés à rendre un dernier hommage à Kobe.

Dès leurs premiers tours de playoffs, dominés de la tête et des épaules on a senti en eux cette force presque surnaturelle, inarrêtable. Portland, Houston et Denver ont été écrasés sur le score sans appel de 4-1. Ils se sont ainsi offert une Finale pour l’Histoire face au Heat de Miami qui n’avait plus rejoué de Finales depuis le départ de Lebron en 2016.

Donné favoris, face à une équipe bluffante et imprévisible tout au long de ces playoffs, Lebron n’avait pas le droit à l’erreur. Pour Kobe. Et pour lui aussi. Une défaite aurait été un véritable échec. Ajouter une 7ème défaite en 10 finales jouées aurait sans doute été irréversible pour son image et pour son empreinte dans l’Histoire. Mais comme souvent lorsqu’il est attendu, Lebron a répondu présent. Après une série globalement maîtrisée, il a mené les siens vers une victoire 4-2, entérinée par une démonstration totale lors du match 6.

 

Rien ni personne ne pouvait arrêter ces Lakers-là. Porté par un Lebron James encore au sommet de son art alors qu’il s’apprête à souffler ses 35 bougies, et par le souvenir de Kobe Bryant, ils sont allés au bout de leur rêve en remportant le titre le plus émouvant que la NBA ait connu. Ils rejoignent les Boston Celtics tout en haut du palmarès de la Ligue avec 17 titres pendant que leur maître à jouer est devenu le premier joueur MVP des Finales avec 3 franchises différentes.

 

3ème meilleur marqueur de tous les temps et 4 fois MVP en saison régulière, meilleur marqueur en playoffs et vainqueur de 4 titres NBA, Lebron James affiche un palmarès individuel et collectif quasiment inégalé. Plus qu’une simple ligne ajoutée à ce CV déjà immense, le titre remporté avec les Lakers est accompagné d’une symbolique qui en fait indiscutablement l’un des plus mémorables du basket-ball. Toujours en quête d’excellence, comme Kobe l’a toujours été, nul doute que le King ne s’arrêtera pas là. Réaliser un back-to-back avec la plus prestigieuse de toutes les franchises, dépasser Kareem Abdul Jabbar pour devenir le meilleur marqueur de l’histoire de la NBA ou encore remporter un nouveau titre de MVP, les objectifs ne manqueront pas pour le natif de l’Ohio. Quelle que soit sa fin de carrière, il restera à jamais dans la légende du sport, celle qui s’écrit avec un grand L, grand comme Lebron.