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Podcast - Jeux Olympiques ATLANTA 1996

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Atlanta devint en 1996 la 3ème ville Etats-Unienne à accueillir la grand-messe du sport Mondial. La désignation de cette ville, siège de Coca-Cola, partenaire historique des Jeux Olympiques a suscité la polémique puisqu’elle l’a été au détriment d’Athènes. Pour ces Jeux du centenaire, de nombreuses voix au sein même du CIO se sont élevées contre cette décision qui symbolisent à merveille le passage des Jeux à l’ère du sport business où le marketing et le sponsoring semblent peser bien plus lourd que l’histoire et les traditions de l’olympisme.

Jeannie Longo, en route vers l'or

C’est au cœur de la Géorgie, au sud-est des Etats-Unis, que s’ouvrit la 26ème Olympiade. Cent ans après la première édition à Athènes, de nombreuses choses ont changé, à commencer par le nombre d’athlètes à participer aux compétitions. 197 nations sont représentées, soit quasiment autant que le nombre d’athlètes participant à Athènes. Ici, la barre des 10000 est pour la première fois franchie, dont 3500 femmes qui représentent alors un tiers des participants, une sacrée évolution si on regarde dans le rétroviseur, mais encore assez loin de la parité qui sera mise en place lors des Jeux de Paris 2024.

Parmi ces 3500 femmes, trois Françaises ont émerveillé leurs compatriotes qui, comme plus de 2 milliards de personnes dans le Monde ont pu regarder leurs exploits à la télévision. La première de ces sportives est l’une des plus mythiques du sport français, notamment grâce à sa longévité hors du commun. Née en 1958, elle possède un palmarès qui paraît hors du temps. Les chiffres les plus parlants sont sans doute ses 59 titres de championne de France, ses 13 titres de Championne du Monde et sa présence sur le circuit professionnel pendant 44 ans. Oui 44 ans au plus haut niveau. Elle décrocha son premier Championnat de France en 1979 et son dernier en 2011, à l’âge de 52 ans. Ces statistiques complètement lunaires masquent toutefois une réalité, son incapacité des années durant à décrocher le Graal Olympique. Son histoire avec les Jeux débutent pourtant tôt. En 1984 à Los Angeles, elle fait partie des outsiders. A l’issue d’une course pourtant maîtrisée, durant laquelle elle attendait le sprint final pour prendre le meilleur sur ses adversaires, elle se contentera d’une 6ème place à 26 ans, la faute à son dérailleur qui se brisa à quelques mètres de la ligne d’arrivée. En larmes, elle se le promet alors, elle parviendra un jour à monter sur la plus haute marche du podium face aux anneaux Olympiques.

Les trois années qui suivirent la conforteront dans cet objectif, qui paraît alors n’être qu’une question de temps. En 85, 86 et 87, elle remporta les Championnats du Monde, une performance exceptionnelle la plaçant logiquement tout en haut de la liste des favorites à l’Or Olympique pour les Jeux de Séoul 1988. Comme à Los Angeles, elle compte sur le sprint final en bosse, sa spécialité, pour prendre le meilleur sur le peloton groupé de 53 coureurs qui passe sous la flamme rouge. Malheureusement, un mauvais placement l’empêche de disputer ses chances et elle finira au cœur du peloton, à la 26ème place, ne pouvant que regarder, désabusée et de nouveau en larmes la néerlandaise Monique Knol lever les bras sur la ligne. C’est un coup dur pour Jeannie Longo qui à 30 ans, semblait au sommet de son art. Il lui faudra du temps pour s’en remettre. Elle stoppa sa carrière l’année suivante mais décida de revenir en 1991 pour son ultime défi, les JO de Barcelone. Âgée alors de 34 ans, ces Jeux ont des allures de dernière chance pour celle que tout le monde reconnaît alors comme la plus grande cycliste de son ère. Bien qu’étant l’une des doyennes des concurrentes, tout le monde la craint. Il faut dire que quelques semaines avant Barcelone, elle est revenue au premier plan en prenant la deuxième place du Tour de France féminin.

 

Le tracé semble en plus lui convenir à merveille. A l’issue d’une course débridée où les attaques se sont succédé, elles sont encore une vingtaine à l’entame du dernier kilomètre dans le groupe de Longo. Elle décide d’anticiper le sprint en attaquant à 600m de la ligne et laisse sur place toutes les concurrentes. Elle voit enfin l’apothéose de sa carrière après lequel elle roule depuis toutes ces années. A 50m de la ligne de la ligne, elle sait qu’elle ne sera pas rejointe mais découvre à sa grande stupeur qu’une coureuse a déjà passé la ligne quelques secondes avant elle. A une époque où les oreillettes n’existaient pas, elle avait en effet perdu de vue l’Australienne Kathryn Watt qui finit en solitaire une vingtaine de secondes avant la Française, qui ne pourra que secouer la tête de dépit au moment de franchir la ligne. Cette médaille d’argent a un goût amer pour la Française qui, on le pense alors, a laissé passer sa dernière chance d’être championne Olympique.

Mais Jeannie Longo est faite d’un mental dur comme le roc. Elle décide de se laisser une dernière chance en poussant jusqu’aux JO d’Atlanta où, en plus, le contre-la-montre féminin fait son apparition. Or, avec les années, c’est sur cette compétition qu’elle semble la plus dominante. Un an avant les Jeux, elle réalise le doublé course en ligne et contre la montre aux Championnats du Monde et semblent à 38 ans, toujours au sommet de son art et de sa discipline. Seulement, la concurrence est rude et forcément plus jeune. Et Longo le sait, elle n’a plus la force pour s’imposer dans un sprint comme cela avait été le cas au cours de ces jeunes années. Pas effrayée, elle décide de durcir la course dès le début, espérant profiter de son endurance hors-normes. A 20 km, elle parvient à s’échapper en compagnie d’Imelda Chiappa et Clara Hughes. Le peloton tente de revenir mais rien n’y fait, les trois de devant sont au-dessus du lot.

 

La course n’est cependant pas encore gagnée. Toujours inquiète de disputer la victoire au sprint, elle fait ensuite parler sa puissance pour placer une attaque à laquelle ces deux dernières rivales ne peuvent répondre immédiatement. Associant leurs forces sur les larges routes de la fin de parcours, elles semblent pouvoir revenir sur Longo. Mais la détermination de cette dernière et la force du destin les en empêcheront. Elles ne pourront que constater les dégâts et devront se résoudre à se disputer la deuxième place, laissant la plus grande cycliste de tous les temps décrocher, enfin, le dernier titre qui manquait à sa collection déjà démesurée.

Laura Flessel, première championne Olympique à l'épée

Si Jeannie Longo dut attendre quasiment 20 ans de carrière pour réaliser son rêve lors de cette Olympiade, il en fut autrement pour une autre Française. Laura Flessel, escrimeuse spécialiste de l’épée, ne pensait peut-être même jamais participer aux JO. En effet, avant 1996, l’épée était une arme réservée aux hommes lors des Jeux. C’est donc à la première compétition olympique de l’histoire dans cette discipline que La Guêpe comme on la surnomme du fait de sa faculté à piquer ses adversaires avec une vitesse étourdissante, participe avec des ambitions légitimes. Médaillée de bronze l’année précédente lors des Mondiaux, elle se présente avec le statut de n°3 mondiale sur la piste du Gerogia World Congress Center.

 

Se hissant sans frémir jusqu’aux demi-finales, elle dût batailler face à la vice-championne du Monde hongroise Szalay et retrouve en finale sa compatriote, numéro 2 mondiale, Valérie Barlois. Prenant la mesure de son adversaire elle mène rapidement 9 touches à 3. Et alors que la pression commence à se faire sentir, elle parvint à marquer la touche décisive pour s’imposer 15 touches à 12.

Cette finale représente à mon avis parfaitement l’impact d’un titre Olympique dans la carrière d’un ou une sportive pratiquant un sport peu médiatisé. Personnellement, je n’avais jamais entendu parler de Valérie Barlois, alors que Laura Flessel est pour moi un symbole des Jeux Olympiques. Elle a d’ailleurs été porte-drapeau de la délégation française lors des Jeux de Londres 2012. Ce genre de faits montre à quel point la vitrine olympique est sans égal.

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Le double chef d'œuvre de Marie-José Pérec

Pour la dernière française à avoir illuminer ces Jeux d’Atlanta, c’est au stade d’athlétisme qu’il faut se rendre. Michael Johnson, star mondiale de l’athlétisme avait fait monter l’ambiance en réalisant un doublé inédit sur 200 et 400m. Il va trouver, au cours de la quinzaine son alter ego féminin en la personne de Marie-José Pérec.

Porte-drapeau de la délégation française, elle est attendue en favorite sur 400m après sa victoire à Barcelone 4 ans plus tôt. Peu de gens en revanche l’attendent sur 200m, épreuve à laquelle elle se prépare en secret. Lorsque les séries du 400m débutent, elle marque immédiatement son territoire, réalisant le meilleur temps des engagées et récidive en demi-finale avec la meilleure performance mondiale de l’année. Elle se retrouve alors face à un monument puisque personne dans l’histoire, n’a jamais réussi à remporter deux titres olympiques consécutifs sur 400m. Placée au couloir 3 qui n’avantage pas ses grandes foulées, elle porte en plus les espoirs de tout l’athlétisme français, encore bredouille dans ces Jeux. Surtout, elle doit faire face à la redoutable australienne Cathy Freeman.

 

4ème des Mondiaux de l’année précédente, elle représente la relève du 400m mondial et ne cesse de monter en puissance. Comme attendue, la course se résume rapidement à un mano a mano entre les deux femmes qui entrent dans la dernière ligne droite au coude à coude. Puisant toutes les deux dans leurs dernières forces, elles se livrèrent un duel épique duquel la Française sortit gagnante. 4 ans après Barcelone elle réédita l’exploit de s’imposer sur le 400m, établissant, en 48’’25 un temps que de nombreux suiveurs estiment être le record du monde officieux de la discipline, puisque seulement devancé par les 47’’60 de l’est-allemande Marita Koch dont je vous ai déjà parlé.

Entrée au Panthéon de l’athlétisme, c’est ensuite à la Légende que Mari-Jo s’attaque en s’alignant sur le 200m. Opposée aux meilleures sprinteuses de la planète, dont la médaillée d’argent jamaïcaine sur 100m Merlene Ottey, le défi est immense. Loin d’être une spécialiste de la distance, elle le sait, elle va devoir tout miser sur sa résistance pour compenser son départ qui sera, selon toute vraisemblance, moins bon que celui de ses adversaires, beaucoup plus explosives.

 

Comme prévu, 100m après le coup de feu du starter, la Jamaïcaine débouche en tête à l’entame de la dernière ligne droite. Pérec semble buter et est toujours derrière son adversaire à 30m de la ligne. Laissant parler sa foulée immense, elle semble alors voler sur la piste quand sa rivale commence à piocher. Cette dernière jettera un regard sur sa gauche pour voir passer, impuissante, les jambes interminables de la gazelle. Marie José Pérec a encore frappé et devint alors la star de ces Jeux, pour le plus grand bonheur des Français.

Cela faisait longtemps que je n’avais pas pu vous décrire de telles performances d’athlètes français ou françaises. Ces Jeux d’Atlanta ont couronné trois reines des Jeux Olympiques, toutes avec une histoire bien différente mais avec une même volonté, un même acharnement à poursuivre leur rêve Olympique. Le fait qu’elles l’aient toutes trois atteint la même année à des âges et des stades très différents de leur carrière est un symbole fort et trois leçons d’humilité, de travail et de détermination. Elles furent toutes dans la sélection française pour les Jeux suivants mais ne retrouveront jamais le goût de l’or Olympique.