Hicham El-Guerrouj, 

la route vers la gloire

Photo : Michael Steele / Getty Images Sport

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Montage réalisé par Marine Pascal

Aujourd’hui, partons à la découverte de Hicham El-Guerrouj, l’un des meilleurs athlètes de la fin des années 1990 et du début des années 2000. Sa spécialité était la course de demi-fond, et plus particulièrement le 1500m. Durant toute sa carrière professionnelle de plus de dix ans, il aura été le plus rapide du monde sur cette distance mais son Graal, le titre Olympique, s’est longtemps refusé à lui et a même bien failli lui échapper.

 

Né en 1974 dans une famille marocaine modeste, il est repéré dès ses quatorze ans pour ses qualités athlétiques exceptionnelles. Très tôt, les promesses de ses jeunes années se confirment. Dès ses 21 ans, il prend part à sa première compétition internationale, les Championnats du Monde en salle de Barcelone où il y remporte le titre sur le 1500m, sa discipline fétiche. C’est le premier succès d’une longue série puisqu’au cours de sa carrière, il décrochera pas moins de sept titres Mondiaux. Gigantesque. En plus de cela, il est aujourd’hui encore le recordman du Monde de la distance avec un temps ahurissant de 3 minutes et 26 secondes, réalisé le 14 juillet 1998. Au-delà de ses qualités physiques exceptionnelles, Hicham est également apprécié des suiveurs et de ses pairs. Sa modestie, sa simplicité et son fair-play sont autant de qualités qui ne font alors que renforcer l’admiration que toutes et tous vouent alors au « King of the Mile ».

Une domination totale... sauf lors des Jeux Olympiques

Pourtant, malgré cette régularité d’une rare consistance, ses deux premières apparitions aux Jeux Olympiques n’ont pas eu l’issue dont il rêvait. Sa première participation, en 1996 à Atlanta, arrive un peu tôt dans sa carrière. Bien que devenu une référence sur la distance, il ne possède pas une marge énorme sur la concurrence et notamment sur l’Algérien Noureddine Morcelli, bien plus expérimenté que lui. Qualifiés aisément pour la Finale après avoir géré parfaitement leurs tours de qualification, les deux hommes se retrouvent sur la piste américaine pour le duel tant attendu, arbitré par les dix autres finalistes.

 

Il faut savoir que le 1500m est une épreuve particulière sur laquelle les meilleurs sont ceux qui parviennent à associer sens tactique et résistance physique. Il faut ainsi pouvoir être capable de maintenir un rythme soutenu sur toute la course, ou bien, dans le cas d’un départ plus lent, de faire parler sa pointe de vitesse dans les 200 derniers mètres. Ces différents scénarios de courses sont tout ce qui fait la difficulté et la beauté des courses de demi-fond. Ce jour-là, après un départ prudent, les deux favoris placent une accélération à environ 600m de la ligne d’arrivée. Au moment où ils semblent se détacher irrémédiablement, les deux hommes se touchent, provoquant la chute du marocain. Tous ses adversaires lui passent devant, son rêve Olympique avec.

 

Si cet échec le marque, il ne freine en aucun cas la progression d’Hicham qui rafle alors tout sur son passage. Si bien que lorsqu’il se présente 4 ans plus tard, lors des JO de Sidney en 2000, il n’a connu qu’une seule défaite depuis sa dernière finale Olympique. Cette fois-ci, rien ne semble pouvoir résister au Marocain, au sommet de son art du haut de ses 26 ans. Il s’est imposé dans toutes les compétitions mondiales depuis 1996 et semble plus fort que jamais. Ses adversaires le redoutent. Les spectateurs et spectatrices sont unanimes. Le titre Olympique lui tend les bras.

Lors de la finale, pour éviter de tout jouer sur une hasardeuse dernière ligne droite, Hicham peut compter sur son compatriote Youssef Baba qui imprime un rythme rapide et force ainsi tous les athlètes à puiser dans leurs réserves dès les premiers hectomètres. A environ mi-course, El-Guerrouj reprend la tête et place une accélération progressive qui semble dévastatrice. Malheureusement pour lui, ses deux plus gros adversaires, les Kenyans Lagat et Gneny restent dans sa foulée. Ce dernier revient même à sa hauteur à environ 50m de la ligne et parvient à le dépasser pour s’imposer avec 25 centièmes d’avance. 25 centièmes. A peine 1m sur 1500 au total. Hicham semble alors maudit.

Les JO d'Athènes en 2004, la dernière chance

Bien que cruel, ce revers n’affecte pas le Marocain. Jusqu’au début de l’année 2004, il remporte à nouveau toutes les courses auxquelles il prend part. Mais quelques mois avant les JO d’Athènes, des problèmes respiratoires gênent considérablement sa préparation. Après 29 succès consécutifs, il se classe 8ème de sa première course de la saison à seulement quelques semaines des JO. Il sait que ce sera sa dernière participation aux Jeux. Pour maximiser ses chances de titre, il décide alors de s’aligner sur le 1500m et également sur le 5000m.

 

Qualifié sans problème lors des deux premiers tours de sa distance fétiche, il rejoint la finale. Sa finale. Celle qui doit enfin le faire rentrer dans la cour des grands. Rendez-vous compte, il est alors recordman du Monde, 7 fois Champion du Monde et n’a connu que 3 défaites en 9 ans, mais en a connu deux lors des deux dernières finales Olympiques. Son rêve semble accessible mais la pression est à son comble.

 

La finale du 1500m sera mémorable. Le départ lent des athlètes inquiète El-Guerrouj qui décide de relancer le rythme après un premier tour aux allures de round d’observation. Comme à Sidney, des athlètes parviennent à lui résister et parmi eux, Bernard Lagat, son rival n°1 dans la course. Alors qu’il entame la dernière ligne droite en tête, Hicham voit son adversaire revenir à sa hauteur puis le dépasser, comme quatre ans plus tôt à Sidney. On se dit alors que c’est fini et que la malédiction va se prolonger et rester éternelle. Mais au prix d’un effort surhumain, le Marocain parvient à réaccélérer pour rattraper et finalement dépasser son meilleur ennemi. Hicham l’a fait. Enfin. A 30 ans, après plus de 15 années de travail acharné, il tient enfin son Graal.

A la suite de la finale, Bernard Lagat, plein de fair-play, symbolisera au mieux toute l’admiration que le monde de l’athlétisme voue au Roi El-Guerrouj. Interrogé sur sa dernière ligne droite, il confiera « C’était la course la plus intense de ma vie. Pour être tout à fait honnête, lorsque j’ai vu Hicham me dépasser à quelques mètres de la ligne, j’étais heureux, et soulagé qu’il atteigne enfin son rêve ».

 

L’histoire ne s’arrête pas là. Quelques jours plus tard, lors du 5000m, Hicham El-Guerrouj réalisera même un doublé jamais vu depuis les JO de 1924. Il décrochera ainsi sa 2ème médaille d’Or Olympique, celle qui fait définitivement rentrer un athlète dans la légende du sport.